Réforme du Bafa
Joël BUESSLER– OFAQ.
Les nouveaux textes réformant la formation Bafa et Bafd ne font pas que réaffirmer les valeurs essentielles de l’éducation populaire dans les formations à l’animation volontaire, ils apportent des petits ajustements qui pour certains ne sont pas sans conséquences. Quelques réactions et questions sur les principaux changements de cette réforme.
1- Les organismes doivent informer les candidats du caractère non professionnel du diplôme ainsi que du cursus et des modalités d’organisations.
Les informations devraient être plus claires sur le cursus et surtoût le statut de « volontaire indemnisé » que le contrat d’engagement éducatif avait déjà conforté. Le Bafa et surtoût le Bafd s’éloignent ainsi de la volonté de certains de les voir « professionnalisés » et laissent ainsi les BPJEPS et autres DE aux animateurs professionnels. L’engagement volontaire dans un projet éducatif au services des autres reste une valeur forte à laquelle les jeunes sont encore sensible.
3- L’instruction attire l’attention des inspecteurs sur le fait que les stages pratiques doivent être de vrais temps de formations autant pour les animateurs que pour les directeurs.
Les directeurs et les organisateurs seront ainsi emmenés à proposer une vrai démarche d’accompagnement et de formation pour les stages pratiques. Objectifs de formation, critères d’appréciation, temps d’accompagnement et d’expérimentation organisés, évaluations intermédiaires… On verra peut être moins de stagiaires animateurs et directeurs abandonnées à leurs fonctions et de formation par génération spontanée. La responsabilité de former se trouve donc vraiment partagée entre les organismes de formation et les organisateurs d’ACM. Les moyens que ces derniers disposent pour rendre réel et efficace cet accompagnement sont souvent inadaptés. Comment les administrateurs d’une petite association peuvent-ils accompagner leur directeur et évaluer ses compétences quand aucun ne connaît le contenu de la formation ni la fonction ? Des formations au tutorat et une aide aux organisateurs seraient les bienvenues.
2- Les inspecteurs doivent vérifier que les contenus de formation permettent d’acquérir les compétences nécessaires à l’encadrement.
Annuellement et au moment du renouvellement de l’habilitation chaque organisme présente ses objectifs et contenus de formation. Les inspecteurs devront désormais vérifier que ces derniers sont bien ceux utilisés sur la session qu’ils inspectent. Ils pourront également en plus des objectifs et de la démarche,évaluer la pertinence des outils utilisés et la cohérence du discourt.
De bien beaux débats et discussions en perspective.
4- Les approfondissements peuvent de nouveau être organisés à l’étranger.
Impossible depuis 2004 pour des questions d’inspection, on retrouvera donc avec plaisir ces sessions qui permettent, in situe, de se former à encadrer des séjours à l’étranger (Angleterre, Espagne, Maroc, Grèce, Canada…) Reste à charge du ministère de s’assurer que les contenus généraux (retour sur stage pratique, bilan de formation et compléments Bafa) sont bien présents sur ces sessions et que l’on n’est pas sur un séjour de vacances pour adolescent ou un voyage organisé. Attention néanmoins au prix, qui même s’il est souvent en dessous d’un voyage organisé reste relativement élevé pour une troisième partie du Bafa que l’on trouve cher par ailleurs ! ?
5- Tous les titres et diplômes permettant de diriger un ACM sont maintenant étendus à la direction de session Bafa/d.
Cela permettra à plus de personnes d’accéder à cette fonction et régularisera un état de fait quand certaines DRJS le permettait déjà par dérogation. Reste aux organismes de formation de continuer à les former et à les accompagner efficacement. La direction d’une session Bafa/d demande d’autres compétences que celles requises en ACM et une certaine expérience de la formation. Les organismes sont tenus de proposer à leurs formateurs et directeurs des formations initiales et continues afin de maintenir leur niveau de compétence et d’actualiser leurs connaissances. Ils auront maintenant à intégrer cette donnée dans la formation initiale des directeurs de session.
A noter par ailleurs que le contrat d’engagement éducatif ayant été étendue aux personnes assurant l’encadrement des sessions Bafa/d, la comptabilisation des 80 jours inclus ces dernières. Les directeurs occasionnels d’ACM qui exercent avec un autre diplôme que le Bafd ne seront donc pas plus intéressé par la direction de sessions Bafa/d.
On peut aussi regretter que disparaisse petit à petit un des principe essentiel de l’éducation populaire très présente dans la formation Bafa et Bafd : la formation par les pairs. Jusqu’alors, les formateurs étaient pour la plupart d’abord des animateurs Bafa qui s’appuyant sur leur expérience, transmettaient des valeurs et des techniques d’animations. On pourra trouver, désormais, des techniciens de la formation issues d’autres filières n’ayant pas la même culture de l’accueil de loisirs ou du séjour de vacances. Les formateurs Bafa/d doivent rester des praticiens de l’animation afin de garder pied avec la réalité et de pouvoir adapter les contenus de formation aux évolutions constantes de l’animation.
6- Deux formateurs jusqu’à 20 stagiaires et après trois pour une équipe non plus permanente mais unique.
Le législateur reconnaît que trois formateurs pour des sessions à 10 ou 12 stagiaires était relativement confortable et parfois superflu. Pour certains organismes qui connaissent des difficultés de recrutement et de constitution d’équipe permanente sur une session cela peut être perçu comme un ballon d’oxygène. Mais ce texte n’officialise-t-il pas une pratique déjà existante ?
Avec ce nouveau taux d’encadrement d’un formateur pour dix stagiaires on est encore juste quand on veut accompagner efficacement chaque stagiaire dans sa formation et le rencontrer régulièrement en tête-à-tête pour analyser son parcours. D’autant plus qu’avant, les formateurs déclarés devaient être présent en permanence sur la session. Maintenant avec la notion d’équipe unique, on veillera à ce que les formateurs présents soient déclarés mais sans obligation de présence continue. Une équipe dont les mêmes formateurs sont présents sur tous les temps de la session a quand même l’avantage de garantir une certaine cohérence dans la démarche de formation et surtoût une homogénéité dans le discourt. On sait que les jeunes stagiaires construisent en grande partie leur modèle d’animation au regard de ce qu’ils vivent en formation initiale. Attention alors de ne pas leur proposer un modèle privilégiant l’alternance et la discontinuité alors que les enfants ont eux besoin de stabilité et de permanence dans la relation avec l’animateur.
7- Les sessions de qualification sont bien différenciées des approfondissements et seulement les trois existantes sont reconnues (Voile, CK et activités motocyclistes)
Le législateur a tranché et mis au panier les qualifications « bidons » qui ne donnaient pas de prérogatives supplémentaires tel que photo/vidéo, animation nature, assistant sanitaire…
On réaffirme donc la particularité de ces qualifications mais ce pourrait être également l’occasion de communiquer sur les compétences et prérogatives des animateurs qualifiés voiles ou Kayak qui sont capables d’encadrer l’activité en toute sécurité et de proposer une réelle approche ludique et de découverte. Les titulaires du Bafa peuvent obtenir des prérogatives supplémentaires et se voir délivrer une attestation après avoir suivi et réussi une session de qualification en qualité d’auditeur libre. Mais au fait c’était déjà le cas avant !! ??
8- Pour accéder au Bafd, les titres et diplômes permettant d’encadrer un ACM sont maintenant acceptés en plus du Bafa. Les personnes qui n’en ont aucun, peuvent toujours accéder directement après avis du jury régional et au vu de deux expériences d’animation d’un total de 28 jours dont une en ACM.
Les possibilités d’accès au Bafd sont élargies mais attention, la formation Bafd s’appuie toujours autant sur l’expérience et les compétences acquises lors d’encadrement d’ACM. Les « accès directs » ont toujours eu plus de difficultés à s’intégrer dans la formation. Elaborer un projet pédagogique d’ACM nécessite une bonne pratique d’animateur et les acquis de la formation Bafa sur la connaissance du public, l’organisation de la vie quotidienne, l’animation d’un grand jeu ou d’une veillée restent quand même des pré requis incontournables…Même si la formation générale Bafd est relativement longue (9 jours en continue et 10 en discontinue) ils n’est pas possible de revenir sur des notions élémentaires d’animation d’ACM.
Dans certaines régions, une sous-commission du jury régional rencontre les candidats à l’accès direct pour évaluer leurs capacités à entrer en formation et leur motivation. L’élargissement de cette pratique pourrait, à mon sens, garantir une certaine cohérence dans le cursus.
9- Renouvellement de l’autorisation de diriger uniquement en justifiant d’une expérience de 28 jours de direction d’ACM ou de l’encadrement d’une session Bafa/d dans les 5 dernières années.
Le Bafd était un des rare diplôme pour lequel on devait renouveler ses connaissances et analyser sa pratique tous les 5 ans. Finie donc la fameuse piqûre de rappel et ses 6 jours de révision où l’expérience des anciens enrichissait celle des nouveaux et où les perfectionnements rafraîchissaient la pratique des renouvellants. Un grand rendez vous d’éducation populaire qui disparaît. Les directeurs devront trouver d’autres sources d’information pour rester performants et au fait des nouveautés. Les organismes de formation devront maintenant développer une offre de formation continue tant pour les professionnels que pour les occasionnels et trouver de nouvelles formes de financement pour ces derniers.
Les directeurs de sessions Bafa/d, quant à eux, n’ont même plus besoin d’encadrer des ACM pour continuer à former puisque l’encadrement de session Bafa/d est comptabilisée dans les 28 jours d’expérience. Attention à ne pas s’éloigner de la réalité du terrain.
10- Un seul écrit au Jury Bafd. Un bilan, qui composé d’évaluations intermédiaires, propose une analyse synthétique des acquis du candidat aux cours des différentes étapes de sa formation et des fonctions exercées.
Un document qui se veut plus cohérant et mieux adapté à la réalité des parcours. Les stagiaires Bafd prendront soin de compiler leurs autoévaluations successives et de commencer à rédiger leur bilan dès le début de leur cursus. Gare à ceux qui aiment s’y prendre au dernier moment le bilan risque d’être douloureux. Va également se poser la question du retour sur le stage pratique fait pendant la session de perfectionnement qui s’appuyait essentiellement sur le compte rendu de premier stage pratique. Comment évaluer les compétences liées aux fonctions de direction fraîchement mises à l’épreuve sans support écrit obligatoire ?
Les Jurys régionaux Bafd vont sûrement proposer de nouvelles grilles de lectures et d’évaluation de ce bilan qui reste la principale base pour l’attribution du diplôme. Le recours à l’entretient, qu’il soit systématique ou sur demande reste par ailleurs un moyen complémentaire pour le Jury d’apprécier les compétences du candidat.
Les candidats au Bafd ont également la possibilité de faire appel à certains organismes qui proposent des ateliers d’écritures pour les aider et les accompagner dans la rédaction de leurs écrits. Cette aide peut s’avérer utile pour bien assimiler la commande et les attentes du Jury mais ne peut pas pallier à des manques de compétences, d’analyses ou d’expériences qui font souvent défauts à ceux qui ne prennent pas le temps de la formation.
11- Plus besoin d’être une association ni d’avoir l’agrément jeunesse et éducation populaire pour être habilité à organiser des formations Bafa/d. Le projet éducatif doit néanmoins présenter une démarche d’éducation populaire affirmée.
A quand les organismes privés, les comités d’entreprises et les collectivités locales proposant le Bafa avec une habilitation régionale ou nationale ?? On a déjà vu s’élargir au secteur privée la possibilité du recours au contrat d’engagement éducatif et permettre ainsi aux sociétés de tourisme, au agences de voyages et autres structures à but lucratif d’user du volontariat et se prévaloir de l’éducation populaire. Le marché est alléchant même si celui-ci est en régression depuis quelques années. Avec plus de 50000 Bafa délivrés chaque année et des coût d’organisation relativement faibles au regard de formations professionnelles similaires, les organismes associatifs ont du soucis à se faire face aux secteur marchand. Par ailleurs, les communes importantes qui confiaient la formation Bafa de leurs animateur(trices) à des organismes de formation pourraient aussi être tentées de demander une habilitation régionale pour réduire les coût en organisant en interne leurs sessions.
Les critères de l’habilitations Bafa/d sont-ils suffisamment précis dans leur définitions des valeurs d’éducation populaire pour préserver l’essentiel ?