Interview par le Journal de l'animation
Joël Buessler, ancien responsable formation BAFA et BAFD, s'est lancé depuis le printemps dernier dans une activité originale, pour ne pas dire novatrice : le diagnostic qualité des séjours de vacances, des structures périscolaires... Gros plan sur une démarche qui place la personne au centre de tout projet pédagogique.
Pourquoi demander à un consultant d'effectuer une démarche de qualité sur son séjour de vacances ou ses animations hebdomadaires ? Qu'est-ce même qu'une démarche de qualité dans le monde de l'animation ? La plupart d'entre vous connaissent, bien entendu, les chartes de qualité que certaines fédérations d'Education populaire ont rédigé et mis en oeuvre au sein de leurs établissements il y a quelques années, mais le consultant indépendant Joël Buessler propose un cheminement un peu différent. "Il n'existe pas à ma connaissance en France d'autres personnes ou entreprises effectuant des démarches de qualité dans l'animation. Elles existent bien pour le tourisme, mais elles s'attachent principalement à évaluer la qualité de l'accueil, de l'hébergement... Alors que, de mon côté, j'invite les centres de loisirs et les structures périscolaires, après ma venue, à se pencher sur le fond. C'est-à-dire la qualité du projet pédagogique, de l'encadrement, de l'organisation quotidienne ou encore des animations et de l'accueil (hébergement, restauration, etc.)."
Joël Buessler ne s'arrête donc aucunement à la forme, et s'attache non pas à critiquer mais à conseiller au mieux les structures qui font appel à ses services. Mais de quels droits pourrait-on penser ? Quelles compétences lui permettent de juger la qualité pédagogique des séjours de vacances ? "Cette activité de consultant est récente, je l'ai amorcée un peu avant le printemps dernier... Mais je ne suis pas du tout étranger au monde de l'animation, j'ai effectué la totalité de ma carrière en son sein." Oui, Joël Buessler a travaillé auparavant pendant plus d'une vingtaine d'années pour l'Union française des Centres de Vacances et de Loisirs (UFCV). "J'ai occupé différents postes au sein de cette association : animateur, gestionnaire de structures et surtout durant une dizaine d'années responsable de formation BAFA et BAFD. C'est à partir de là qu'est née l'idée de proposer, en indépendant, aux structures et centres de loisirs des diagnostics qualité. En effet, comme je l'ai souligné, cela n'existe pas en France, et pourtant les organisateurs de séjours, les directeurs et les animateurs sont demandeurs. Je l'ai constaté au fil des différentes formations BAFA et BAFD que j'ai animées. On leur donne bien les outils pour construire des projets pédagogiques cohérents mais, soyons réalistes, c'est uniquement sur le terrain qu'on peut évaluer la qualité d'un séjour et surtout observer d'un oeil extérieur les points à améliorer. " Mais comment Joël Buessler effectue-t-il concrètement son diagnostic, son "audit" comme il le précise. Et le terme ne manquera pas d'en refroidir plus d'un...
Sur le terrain
"Les audits que j'effectue à la demande des organisateurs de séjours se déroulent en trois temps. Je commence toujours par une étude documentaire. A savoir, lire tous les documents liés au séjour concerné, du projet pédagogique aux courriers à destination des parents. Ensuite, je liste toutes les questions que je me pose sur tel ou tel point précis. Après, arrive la phase d'immersion au sein même du séjour. Je me rends donc sur les lieux généralement pendant deux jours. Là, j'observe, je discute, j'interroge le directeur, cela de soi, mais aussi les animateurs, les enfants ainsi que les parents. Je tiens absolument au travers de ce diagnostic participatif à m'immerger dans leur environnement quotidien. Je dors, mange, déjeune donc comme tout à chacun. Pour finir, j'envoie un questionnaire qualité aux enfants du séjour et un autre à leurs parents. Le taux de retour est généralement très bon, car tous ont déjà été sensibilisés à ma présence et surtout à mes objectifs. Ces questionnaires me permettent d'affiner mon observation et à formuler mes remarques. "
Car, bien entendu, les trois temps de cet audit sont à la base même du rendu qui sera présenté aux commanditaires au final. "Le diagnostic du séjour a pour but d'améliorer certains éléments, ceux que je juge passables voire médiocres, mais je ne formule pas de critiques directes et précise toujours les éléments à conserver. Mon indépendance me permets d'observer un séjour d'un oeil neutre, de ne pas être imprégné par une philosophie ou un mouvement d'Education populaire. " De quoi rassurer les directeurs et les animateurs qui, parfois, regardent la venue de Joël Buessler d'un oeil circonspect. "Il faut comprendre que ces audits sont la plupart du temps [pour l'instant] demandés par des organisateurs de séjours en perte de vitesse, notamment des comités d'entreprises et collectivités territoriales. Mon passage est plutôt bien perçu. Ce qui est rigolo, c'est que la première journée est superficielle... Les équipes ont cette capacité à mettre en parenthèses leur quotidien. Le lendemain, je suis intégré et je peux voir des choses intéressantes. De surcroît, par expérience, je l'ai souvent noté, on sait aussi qu'on peut avoir un super séjour dans un cadre très moyen, je n'évalue donc jamais la qualité de l'environnement à proprement parler. Je peux néanmoins émettre des remarques pour intégrer au mieux le projet pédagogique à celui-ci." Mais quels sont les points à améliorer qui reviennent le plus souvent, de diagnostic en diagnostic ? "Le suivi des animateurs stagiaires et l'accompagnement des directeurs est généralement mauvais. En outre, on peut aussi affirmer que les animations ne sont que très rarement construites sur la durée, elles se succèdent mais ne sont pas intégrées à un projet global."
Du diagnostic à la formation
L'activité de Joël Buessler ne s'arrête pas à ces audits, car il propose aussi tout un volet de formations qui viennent accompagner et compléter les diagnostics. "J'organise des formations suite à l'audit dans le cadre de la formation continue, et donc remboursées en partie par le Droit individuel à la Formation (DIF). Ce sont de petits modules d'une durée maximale de trois jours (de 14 à 20 heures). Elles peuvent toucher des thèmes, comme le projet pédagogique éducatif pour l'accueil périscolaire, le management et le recrutement d'une équipe d'animateurs, le droit social dans l'animation, la connaissance des associations loi 1901. D'autres s'attachent à présenter l'élaboration d'un projet pédagogique ou des aspects réglementaires précis. Notons que, depuis environ deux ans, la réglementation ne cesse de changer et d'évoluer, et qu'il n'est pas évident de rester à la page. Ces dernières formations sont organisées conjointement avec le Centre national de la Fonction publique territoriale (CNFPT)."
Cette gamme, vous l'avez remarqué, s'intègre parfaitement avec l'activité première de Joël Buessler, sans compter qu'il propose aussi des formations sur demande. "Par exemple, prochainement, je formerai des personnels au rôle et la fonction de l'animateur dans les structures périscolaires, et d'autres aux normes HACCP (en anglais, Hazard Analysis critical Control Point) relatives à la restauration et à l'hygiène. Ce sont des demandes bien spécifiques et nettement plus ponctuelles, mais qui restent parfaitement dans mon champ de compétences. J'espère pouvoir d'ici quelques années élargir ma gamme, et proposer des formations dans d'autres domaines. Mais bon..." Chaque chose en son temps. L'ancien responsable formation de l'UFCV souhaite tout d'abord développer son activité en tout point novatrice. Et si on évoque le sujet, il devient tout de suite intarissable. "Il est vrai qu'il n'existe pas dans l'animation de normes ISO ou AFNOR, comme pour les entreprises... Pourtant, elles existent bel et bien pour les formations de l'animation." A partir de là, il ne reste plus qu'à s'interroger. Des normes ne seraient-elles pas trop astreignantes pour les centres de loisirs ? Amélioreraient-elles réellement la qualité des séjours ? Faciliteraient-elles le travail des directeurs et des animateurs ? Joël Buessler en est persuadé à condition que ces normes fassent preuve de souplesse, tiennent compte de l'environnement, de tous les facteurs qui font la richesse de tel ou tel séjour. "Dans le cadre de mon activité, j'ai obligatoirement élaboré un référentiel qualité qui m'est propre, et que j'applique lors de chaque diagnostic. Et je peux peut-être espérer d'ici quelques années obtenir un label qualité..." Une reconnaissance, sans nul doute, et une manière de valider aux yeux de tous son activité de consultant qui n'a qu'un objectif, comme il le rappelle : "améliorer la qualité d'un séjour pour le bien-être et le bonheur des enfants."
Florent Contassot
Un diagnostic, un coût
Bien entendu, ces diagnostics qualité et ces formations ont un coût. "Cela varie en fonction des besoins et du devis. Mais, disons que le montant d'un audit correspond à trois jours de travail effectif d'un consultant, c'est-à-dire de 400 à 600 euros la journée hors frais de déplacement. En ce qui concerne les formations, il faut compter entre 400 et 600 euros pour chaque participant, dont une partie pris en charge par le DIF. Je rappelle à cette occasion que les formations sont présentées sur le site Internet ainsi que l'intégralité de ma démarche. En outre, je peux lorsque cela est nécessaire organisées des formations sur demande. "
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